ENSEMBLE DEMAIN MEILLEUR AVEC VOUS

 Mode d'emploi :

Lancez la musique.  Laissez passer quelques secondes.
Si vous êtes une femme à la voix sensuelle, lisez le texte ci-dessous sans vous presser.
Sinon, demandez à une femme à la voix sensuelle de suivre la consigne.
Si vous ne connaissez aucune femme à la voix sensuelle, faites de votre mieux.






Parce que demain s'invente aujourd'hui.

Parce que ceux que vous aimez auront toujours besoin de vous

Parce que le le monde de demain ne se fera pas sans vous

parce que vous êtes la meilleure personne pour savoir ce qu'il vous faut

parce que le monde change et rarement en mieux 

parce que notre société s'adresse précisément à quelqu'un comme vous, c'est à dire n'importe qui

parce que même s'il semble parfois y avoir du mieux les choses vont aller en se dégradant

parce que tout ce que vous pourrez faire sera toujours bien peu

parce que fermer le robinet ne sauvera pas les pandas

parce que vos fesses ne vont pas se raffermir miraculeusement

parce que les petits défauts de ceux que vous aimez ne deviendront pas plus supportable avec le temps

parce que cette voiture neuve devra être remplacée

parce que rien de ce que vous possédez ne vaut la peine d'être transmis

parce que vous mourrez probablement dans un lit d’hôpital d'une maladie banale ou ridicule

parce que les vies de tous nos clients se ressemblent, surtout la votre

parce que vous savez pertinemment qu'il est inutile de prendre de bonnes résolutions

parce que certains de ces petits chatons finiront écrasés par une automobile

parce qu’abandonner la lutte tout de suite ne vous protègera de rien

parce que repeindre ce mur humide promet de belles déceptions

parce qu'aucun de ces objets ne changera la personne que vous êtes

parce que vous n'avez nulle part où planter un arbre et que de toutes façons il n'y a plus d'abeilles

parce qu'aucune banque ne vous aidera ne serait-ce qu'à passer la journée

pour toutes ces raisons vous n'avez rien à espérer d'une société comme la notre. Continuez à hocher la tête en appréciant la musique, c'est le mieux que vous puissiez faire. Pour vous. Pour maintenant. Tout seul.

    Bises,

la voix sensuelle de la pub
















Ce qu'il faut savoir pour savoir ce qu'on peut savoir

Il existe plusieurs façons de ne pas comprendre un livre. La première et de loin la plus néfaste est de ne le pas comprendre sans savoir qu'on est passé à côté de l'essentiel et en croyant de bonne foi avoir saisi le propos de l'auteur.C'est ce qui se produit quand le lecteur de bonne foi mais ignorant des entours de la question traitée croit reconnaitre les mots qu'il lit et partant se persuade qu'il en connait immédiatement la signification. C'est faire peu de cas du sens particulier que prennent les mots selon le domaine ou la science en quoi ils prennent naissance. Comme un voyageur, en passant d'une contrée à l'autre se conforme au mœurs et aux usages des lieux qu'il traverse, un même mot pourra changer de signification en passant d'une contrée de la connaissance à une autre.


(C'est exactement ce que je me suis dit quand, après vingt pages d'un livre de Jacques Bouveresse que je trouvais finalement d'un abord assez facile, l'auteur a précisé que quand il employait le mot "réel", c'était évidemment au sens Fregeen du terme. J'ai arrêté ma lecture à ce point.)


L'on peut encore lire un texte sans parvenir à en posséder la pleine signification parce que les mots nous en sont inconnus, parce que le sens particulier des mots nous échappe ou plus encore parce que, quand bien même les mots et les phrases qu'il forment nous paraitraient parfaitement compréhensibles, l’intérêt des phrases qu'on lit nous demeure étranger, faute de connaissance de la tradition particulière à laquelle ils tiennent. 


(C'est personnellement la sensation que j'ai quand je lis de l'anthropologie. C'est assez déprimant.) 



On peut se satisfaire de lire de travers ou imparfaitement ce qu'on lit. On se sera donné alors la peine suffisante pour dire d'un livre qu'on l'a lu. C'est beaucoup de peine pour un contentement bien mince. Bien peu à notre époque ont encore de la considération pour celui qui, ayant dépensé beaucoup de temps en lectures, connait beaucoup et mieux vaut employer son temps à chercher des succès plus faciles.

Le lecteur opiniâtre et qui recherche d'avantage la vérité que l'idée qu'il veut se faire de lui comme savant peut alors opter pour trois conduites. L'acharnement à déchiffrer un texte qui leui échappe est de loin la pire pour des raisons évidentes. L'ajournement est préférable. Comme le général avisé qui, sachant que ses forces ne lui permettent pas d'enlever la victoire aujourd'hui choisit de limiter ses pertes pour attaquer à nouveau quand la chance lui sera plus favorable, le lecteur peut remettre à un temps éloigné la confrontation avec un texte. Cette fuite n'a rien d'un déshonneur, s'il sait pouvoir reprendre le combat quand il sera mieux armé.


(c'est mon plan pour ce qui concerne la plupart des anthropologues)


mais vous n'aurrez jamais le temps de les lire...


Le renoncement est plus rare pour ce qu'il suppose du lecteur l'humilité de reconnaitre qu'il ne sera jamais en mesure d'apprécier pleinement un livre et que, dans le temps court d'une vie humaine, il ne lui sera jamais loisible de posséder le temps et les forces nécessaires pour y revenir. Semblable acceptation de l'ignorance est une douloureuse preuve de sagesse dont peu d'hommes sont capables.


(la liste s'allonge chaque jour)

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Jan Amos Komensky, dit Comenius : La Grande didactique ou l'art universel de tout enseigner à tous, XXI, des obstacles à la connaissance










Quelques lieux où je ne suis plus, ou pas encore, ou pas en entier

Quelque part, si cette pratique se maintient, se trouvent les deux mètres carrés de terre où je serai inhumé.

Quelque part en Vendée, entre Luçon et la Roche-sur-Yon, je jure avoir aperçu du train des dromadaires.

Quelque part en France se trouve la Vraie Meilleure Boulangerie, celle dont le croissant est vraiment le Meilleur Croissant de France, et presque à coup sûr, ceux qui la fréquentent l'ignorent.

Quelque part à l'entrée d'une cour on a construit un jour le premier portail-papillon.

Quelque part sous un rhododendron, ma tante a perdu ses lunettes en allant pisser dans la nuit après un repas bien arrosé.

Quelque part au Kazakhstan, Noursultan Nazarbaïev s'est frappé le front et a déclaré "C'est ici que nous construirons notre capitale"

Quelque part dans un rayon de trois cent mètres au moment où j'écris passe le méridien de Paris (et quelque part, ça m'interpelle)



Quelque part il y a les dents que j'ai perdues et quand j'y pense ça m'obsède.

Quelque part en Sologne, sur un petit chemin de sable bordé de bouleaux, qui longe une sapinière, il ne se passe rigoureusement rien, mais ça ne veut pas dire que je ne souhaite pas y être, ni d'ailleurs que je souhaite y être. En fait, je voudrais le regarder quand il n'y a personne, qu'il ne s'y passe rien, sans y être.
Et quelque part, ce genre de considérations, ça me fait chier.



Quelque part un employé de Google recense des façades, catalogue du mobilier urbain, entérine des rues, note la présence d'un panneau, floute des silhouettes, énumère des chiens.

Quelque part où il y a une boutique de téléphonie, il y avait des dinosaures.

Quelque part sous moi, dans l'ordre : la cinglée du dessous, une épicerie (patates douces, dakatine, bière), le niveau de la rue, la cave d'autrui (après-ski, magnétoscope, appareil à raclette), quelques canalisations, une carrière de gypse ou une champignonnière (résistants, francs-maçons, protestants, adorateurs de Satan, de Mithra, etc.), encore trente-cinq kilomètres de granit, du magma.

Quelque part en Seine Saint-Denis, le Croult est rejoint par ses affluents, le Rouillon et la Molette, sous terre.

Quelque part sur la carte je peux fixer un point et me dire que c'est là, photo de mon satellite mental, imaginer où je tombe, une cour d'école maternelle, au bord d'un ruisseau peupliers qui marquent la parcelle, la cour sereine bien proportionnée d'un musée en pierre blanches, un terrain de sport rural où s’ennuient et fument des gars : peu importe où chute le satellite, ce n'est jamais qu'un point. Dans un espace fait de mots, faire de la géographie c'est choisir ses adjectifs, mais pour se déplacer il faut des verbes.



C'est dingue, moi aussi, ça m'arrive parfois.

Il s'agit des sortes de visions que certaines personnes ont quand elles restent éveillées dans le noir ou les yeux fermés; il leur apparait toute une série de visages en général très bizarres qui se succèdent : juste après en avoir vu un, ils le voient disparaitre et laisser la place à un autre qui s'efface à son tour au profit d'un autre; et ces visages se succèdent sans qu'on puisse en arrêter un : ils s'expulsent les uns les autres. [...] J'ai connu une dame d'un très bon esprit qui avait atteint la trentaine sans avoir idée d'une telle chose et qui, en m'en entendant parler avec quelqu'un, avait peine à s'empêcher de croire que nous ne nous moquions pas d'elle, mais quelques temps après, ayant bu une grande quantité de thé (comme son médecin le lui avait ordonné) avant d'aller se coucher, elle éprouva - comme elle nous le dit à notre rencontre suivante - ce même phénomène dont notre discours avait eu beaucoup de peine à la persuader : elle avait vu une longue succession de visages; c'était tous des visages étrangers et nouveaux ; ils venaient et partaient d'eux mêmes, ils étaient insaisissables quelques efforts qu'elle fît pour les retenir; ils apparaissaient puis disparaissaient dans leur solennelle procession.

Locke, De la conduite de l'entendement, 45, De l'orientation des pensées, trad. Y. Michaud.



Ce que je sais

Petit, j'avais des idées confuses. Par exemple, il m'arrivait de confondre l'euphorbe maritime et le pourpier du littoral. Je n'étais sûr de rien : cette mouche qui vole dehors n'est-elle pas la même que celle qui était dedans il y quelques instants ? Se pourrait-il qu'elle soit passée à travers la vitre ? Mes frontières étaient celles d'un État jeune au sortir de la grande guerre. Si ma main touche mon genou, est-ce ma main qui sent mon genou ou mon genou qui sent ma main ?




Aujourd'hui c'est tout à fait l'inverse. Je sais pour qui ne pas voter, par exemple. Dans le doute, je m'abstiendrais.
Je sais si je dois conclure par cordialement, bien cordialement, bien à vous, je vous prie d'agréer l'expression de mes salutations respectueuses ou encore Je pose ma tête sur le billot Madame et vous l'offre en holocauste. Je sais presque à coup sûr si les bises, chez nous, c'est trois ou quatre. Je ne confonds plus le Gyoza et le Momo. Le Diable Amoureux de Cazotte me plait plus que Le Diable Boiteux de Lesage et d'avantage le Cognac que le Whisky. Je suis un adulte fini. Que me reste-t-il à découvrir ?

Par contre, je ne sais plus si on se tutoie.