les réponses à toutes vos questions


D'abord une information importante : CENTRE ANTI-POISON :  01 40 05 48 48



Comme le scoutisme ou la guerre, l'examen des mots-clés tapés dans leur moteur de recherche favori par les visiteurs d'un blog peut s'avérer douloureux mais instructif.

En ce qui concerne, par exemple, celui que vous avez sous les yeux, un certain nombre d'illusions sont vite dissipées : le lecteur de ce blog n'est pas attiré par ma notoriété (et pour cause), ni par de quelconques liens (sauf les lecteurs d'Anne Savelli), ni par le sujet traité, qu'on cerne en général difficilement. Le lecteur n'est pas un fan, pas un curieux et, reconnaissons-le, n'est pas foule.

Hormis donc quelques habitués, les personnes qui arrivent ici sont principalement intéressés par deux choses : les photos de tanks et le liquide vaisselle.


Pour les premiers, qui me semblent curieusement concentrés en Russie, je ne peux pas faire grand-chose. C'est que, voyez-vous, je ne parle pas un mot de russe et ne m'intéresse pas plus que ça aux tanks. Mais comme vous me faites l'honneur de venir ici, je peux tout de même vous proposer un Sherman M4...



...un Stug avec de curieuses plaques de blindage sur les chenilles dans un paysage russe qu'on devine tragique



...un  Mark-I anglais...


...et pour les happy few, le Joseph Camaret II.


Je ne vous fais pas l'insulte de vous présenter le T-30, même en photo il me fait peur.
Voilà réglée la question des tanks et tankistes russes. Je signale tout de même que Pierre Bergounioux a consacré de belles et puissantes pages à ce sujet dans un ouvrage intitulé le Baiser de sorcière, disponible chez des libraires en échange d'argent et qu'on serait bien inspiré de lire, entre deux raids entre potes dans World of Tanks.


Quant aux autres, à ceux qu'aucun amour des tanks ne pousse ici, et qui ont eu la patience de se fader ce qui précède, c'est en général de liquide vaisselle qu'ils veulent entendre parler. Le sujet les passionne, ils brûlent d'en parler autour d'eux, de partager avec leurs amis, leurs collègues de travail, toutes leurs questions, leurs angoisses, leurs craintes au sujet de ce fascinant produit.

Je tâcherai donc de répondre ici à leurs questions les plus fréquentes : 
  
  • Mon fils/ma fille a avalé du liquide vaisselle : va-t-il mourir ? Tout le monde meurt un jour, mais pour ce qui concerne votre fils/fille, il est préférable de s'adresser au centre anti-poison, dont le numéro se trouve en haut de ce billet et que je répète ici : 01 40 05 48 48. Ce sont des gens très compétents, croyez-moi. j'ai déjà eu affaire à eux. Avant d'appeler munissez vous de l'emballage du produit concerné et tâchez de vous souvenir du poids approximatif de votre enfant.  

  •  Peut-on nettoyer un t-shirt avec du liquide vaisselle ? Ma foi, si ça vous chante,si ça peut vous faire plaisir, si nécessité fait loi, si les blés sont sous la grêle, pourquoi pas ? Ce n'est pas beaucoup plus absurde que de se confectionner un filtre a café avec du papier-toilette (ou l'inverse); d'utiliser une brosse à dent pour cirer ses souliers ou un T-30 pour combattre un détachement de fantassins retranchés dans un maquis. C'est hasardeux, mais ça peut marcher.
  • Quelle est la composition du liquide vaisselle ? C'est encore, je pense, une mauvaise utilisation de votre moteur de recherche, que vous faites là. Il vous suffit de lire la composition sur l'étiquette du flacon. Mais puisque vous insistez, sachez que le mien comporte de cinq à quinze pour cent d'agents de surfaces anioniques et moins de cinq pour cent d'agents de surface amphotères. Les agents de surface non ioniques sont tellement peu présents que j'ai failli les oublier. Comme on s'en doute, la provitamine B5 dont l'odeur caractéristique reste encore longtemps après chaque vaisselle sur nos mains lisses et douces se trouve sous forme de panthénol. Voilà, il est désolant d'avoir à rappeler de telles évidences, mais c'est de ça qu'on parle, lorsqu'on parle de liquide vaisselle.

Je suis ravi d'avoir pu répondre aux attentes et aux questions des visiteurs occasionnels de ce blog. Croyez-bien que ça ne m'amuse aucunement de parler de tout ceci, mais comme ils me font le plaisir d'une visite de temps en temps, je leur dois bien ça.

Pour les autres, les visiteurs récurrents, les fans, les fidèles lecteurs si j'ose dire, je suis navré d'avoir eu à m’appesantir sur ces sujets ineptes, mais rassurez-vous : la prochaine fois je vous parlerai de requins-marteaux.

(Au fait, Corinne, pourrais-tu me rendre mon agrafeuse s'il te plait ?)


Ready Made

Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb
Hygiène de l'assassin, Amélie Nothomb
Biographie de la faim, Amélie Nothomb
Cosmétique de l'ennemi, Amélie Nothomb
 
Hein ? Pas mal, non ? Mais attendez, j'ai mieux :

Pour une érotique du Bonheur, Michel Onfray
Le Magnétisme des solstices, Michel Onfray
La constellation de la baleine : le songe de Démocrite, Michel Onfray
Apostille au Crépuscule : pour une psychanalyse non freudienne, Michel Onfray
Le ventre des philosophes : critique de la raison diététique, Michel Onfray
Les formes du temps : théorie du Sauternes, Michel Onfray
Traité d'athéologie : physique de la métaphysique, Michel Onfray
Esthétique du pôle Nord : stèles hyperboréennes, Michel Onfray
Théorie du corps amoureux : pour une érotique solaire, Michel Onfray
 
Et maintenant, les deux ensemble (essayez à voix haute)

le Magnétisme des solstices, Michel Onfray 
Métaphysique des tubes, Amélie Nothomb
Esthétique du pôle Nord : stèles hyperboréennes, Michel Onfray
Biographie de la faim, Amélie Nothomb
Apostille au Crépuscule, Michel Onfray
Cosmétique de l'ennemi, Amélie Nothomb

Voilà, je suggère aux deux auteurs de s'associer pour financer un générateur automatique  de titres, en vue de baptiser leur populeuse descendance.
On pourra ainsi jouer à attribuer ces plausibles ouvrages à leurs auteurs respectifs :

Herméneutique des sauces : pour une critique Deleuzienne du mou
Tectonique des joies
Allergologies de mes amours
Traité de Casuistique Jardinière : vers un devenir-cthonien de l'agir dominical
Épistémologie des courges
Petite tératologie des garde-robes
Topographie Analytique de mon cul : pour un en-soi confiné

Instructions pour penser (2)



Longtemps réservée aux boudins mal fagotés et aux boloss de Normale Sup', la pensée sort aujourd'hui de son ghetto. Des philosophes beaux-gosses à la pop-philosophie, penser est aujourd'hui une activité à la portée de tous. Que porter pour penser ? Que penser à la plage cet été ? Quelles pensées penser pour ne pas être en dehors du coup ? Où pense-t-on aujourd'hui à Paris ?

Petit guide pour s'y retrouver.

Sortir ou penser à la maison ?
On sait aujourd'hui et au moins depuis Sartre, qui tout mal sapé qu'il était, a fait et défait les tendances pendant des décennies, qu'il est tout à fait possible de penser au café. Mais attention, ne vous y trompez pas : il ne suffit pas de s'attabler devant un Latte à la dernière terrasse qui buzze. Certaines enseignes ne permettent pas le déploiement d'une pensée certifiée philosophique. En fait, une grande partie des bistrots de France (le Balto, le Bar des Amis, le Café de la Gare pour ne citer que les plus fameux) sont bien plus propices à l'éclosion d'une pensée sociologique ou politique. A noter que le Renommé, rue Doudeauville à Paris, voit chaque dimanche après-midi une floraison particulièrement riche de pensées métaphysiques qui en fait véritablement l'Athènes de notre époque.


Penser, ça fait grossir ?
Non, c'est une idée reçue liée au goût légendaire de Michel Onfray pour les viandes en sauce. Cela dit, il est tout à fait possible de coupler l'exercice du sport à celui de la pensée. En espaçant les prises alimentaires, on atteindra même un régime propice aux pensées de type religieux, voire mystique.


Classique Et rebelle, la chemise noire dissimulera votre embonpoint et mettra en valeur votre visage.




Quel penseur utiliser comme avatar ?
Vous l'avez deviné, il est utile de connaitre deux ou trois nom de penseurs pour donner un peu de profondeur à son identité numérique. Une connaissance du grec ou de l'allemand peut être profitable. Sur Doctissimo, par exemple, on préfèrera comme pseudo Pharmakon78 à Future_maman78. De même, pour colorer votre profil facebook ou autre, il est préférable de choisir des photos de philosophes un peu rebelles. Foucault, Nietzsche ou Deleuze. Pas Fichte, pas Locke et jamais, au grand jamais, Malebranche. Le test pour savoir si mon penseur convient ? Facile : il est cité par des musiciens de rock ou des plasticiens. Attention toutefois : passé un certain âge, et à partir d'une certaine position sociale, il sera plus approprié d'adopter des penseurs plus sages : Spinoza, par exemple ou Schopenhauer, si vous êtes plus dark.

Le penseur analytique se porte sur la poitrine, l'idéaliste allemand en accessoire.



Quand peut-on dire de la raison qu'elle est condition d'un jugement de vérité ?
Tout d'abord, attention à ne pas confondre la raison et l'entendement. Ensuite, évitez de vous prendre la tête avec ce genre de questions. La pensée, aujourd'hui, c'est surtout pouvoir parler de trucs qui intéressent les gens : la mode, le design, les séries télé, les jeux vidéo. L'important est de savoir trouver leur potentiel subversif. Là où que ça fait bouger les lignes. Après, c'est gagné.

Je suis perdu. Je n'y comprends rien.
Pas de panique. Il est tout à fait inutile de comprendre. Il suffit de s'imprégner d'un certain Lifestyle. La pensée, c'est d'abord une affaire d'attitude.




Oui mais c'est dur. En plus, on dirait des maths.
Vous avez probablement ouvert un livre de Wittgenstein. Il est totalement inutile de les lire. Contentez-vous de connaitre quelques anecdotes sur sa vie tumultueuse et héroïque. Lifestyle, coco. 


Instructions pour penser



Il vous faut : Carnet, crayon, bougie (parfumée), clairière, aigles, un verre d'eau.

Pour bien penser, il est nécessaire d'être complétement à jeun, d'avoir mangé léger au moins, que l'appétit stimule l'esprit, le tienne en éveil. Ou alors d'être repu. Complétement. La satiété est la condition de la pensée.

En tout cas, il faut être debout, au grand air, gravir les sommets, tutoyer les cimes, toiser les aigles. Il n'y a que là qu'on puisse penser. Ou bien être assis dans un fauteuil, un vieux fauteuil, dans un cabinet sombre entre avec mille bouquins familiers. Converser avec. Perchoir pour araignées.

Ce qui est absolument certain, c'est que c'est le matin qu'on peut penser, à l'heure blême et muette, que la pensée est à son zénith en même temps que le soleil, que c'est en fin d'après-midi que les enzymes de la dure-mère libèrent toutes les potentialités du cortex, avec discernement entre chien en loup, dans la pénombre solitaire, au milieu de la nuit comme un fanal.

la seule posture valable

On pense surtout dans les frimas, à 32°C un verre de rhum à la main, dans un corps sain, exténué, dans des proportions harmonieuses, dans la souffrance et l'insomnie, en vacances, dans l'inconnu, la peur, en fumant, après quelques verres de Bourgogne, comme un enfant, les yeux fermés, la tête en bas, devant un auditoire, en parlant seul sous la douche, un stylo à la main, en novembre, en écoutant la cantate BWV 170 "Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust", la nuit avant l'assaut, seulement, là, alors oui, on pense. Clair de lune, parfums et rossignols ne servent à rien, en revanche. Oubliez-les.



la même posture vue sous un angle différent


En s’occupant les mains, on pense mieux. C'est du moins ce que pensait ma grand-mère. Le violon, la réparation de vieux moteurs, le tir à l'arc, la vaisselle même sont indiqués. Penser, en revanche, est un effort de tout le corps, une tension extrême qui mobilise toute l'énergie et interdit le moindre mouvement. Considérez Saint Jérôme et son crâne : difficile de dire lequel est le plus figé.

Écoutez. Vous entendez-vous penser ? Mettez-vous à l'écart des bruits du monde. Si vous n'avez pas de clairière derrière chez vous, un vieux tapis fera l'affaire. Allumez une bougie, fermez les yeux et surtout, sortez de chez vous : la pensée se nourrit des sons, des parfums, des couleurs que vous rencontrez. Laissez le monde venir à vous, inspirez bien fort, emplissez vos poumons, gorgez votre être de ce tourbillon de sensations, laissez l'Autre venir à vous et ignorez-le. Méprisez-le. Banissez toute sollicitation tant éxtérieure qu'intérieure. Vous n'êtes rien. Faites disparaitre l'illusion dérisoire de cette chimère que vous nommez "pensée".



Voilà, c'est fait. Vous venez de penser. Prenez le crayon, le carnet et consignez vos pensées. N'hésitez pas à faire part à autrui de vos pensées les plus intéressantes. Si personne n'est disponible, vous pourrez vous adresser à une personne chargée de l'accueil dans un service public. Buvez un verre d'eau et passez à l'activité suivante. 



Instructions pour faire la queue

Commencez par fixer la nuque de la personne qui vous précède, pas comme un point de mire, un détail remarquable. Non, fixez-la comme un signal attendu : quand elle disparaitra, vous vous mettrez en marche. Pour ce faire, figurez-vous un serpent de dimension mythologique et faites-le mentalement progresser dans un labyrinthe de laboratoire à la recherche d'un rat. Vous approchez du but.


A aucun moment vous ne vous retournerez. Vous vous exposeriez à de nombreux regards dans l'impatience de vous voir disparaitre. Ne cessez jamais de fixer la nuque de qui vous précède. Écoutez sa conversation si ça peut vous aider. Dans tous les cas, ne vous laissez-pas distraire, restez tendu comme une chaîne de bicyclette. Veillez surtout à rester bien opaque durant toute l'opération.
Mon conseil : si comme moi, il vous arrive de prendre du plaisir à l'opération, prenez garde de n'en rien laisser voir. Personne ici n'est censé s'amuser.