l 'ascension à Roquefixade (une soirée diapos)


Ils s’appelaient parfaits, refusaient l'idée du pêché originel et bâtirent quelques forteresses qu'on peut encore visiter. Parmi celles-ci, Roquefixade (en prononçant les quatre syllabes, pittoresque et majesté s'entendent.) que nous visitâmes le sept septembre. Après quoi ils préférèrent mourir en masse pour faire oublier leur infériorité militaire patente.




Vue d'en bas, c'est un roc abrupt très impressionnant. Vraiment abrupt.



Parvenu au sommet, sous la gloire qui déchire l'horizon, des fourmis en vol nuptial s’affairent à leurs préoccupations éternelles.




Où est passé septembre ?



  • A un moment des kabbalistes déguisés en ouvriers noirs ont inscrit le nom de Dieu sous ma fenêtre.
  • A un autre moment, je lisais pour la troisième fois le catalogue des ouvrages remarquables de la rentrée littéraire, établi par quelqu'un qu'on paye, lui, pour les lire.
  • A un autre moment plein d'espoir, j'appuyais sur F5. Mais non.
  • Le Samedi 22, au bord d'un étang, je me suis encore découvert un cousin, qui, comme le font les cousins, a proposé qu'on se revoie. A sa manière de cousin, il a émis l'idée que "ce serait sympa", avant d'ajouter "Par exemple, à la Saint-Hubert ? Vous faites quoi à la Saint-Hubert ?", se distinguant par là de tous les autres cousins avec lesquels j'ai pu m'entretenir au bord de cet étang.
  • "Papa,c'est froid" ai-je entendu le 23 en ouvrant les yeux, alors que je me réveillais dans l'urine de mon fils.
  • Si on s'interroge sur le moment où j'errais avec un grand morceau de carton-plume noir sous le bras, qu'on sache que j'avais prévu d'écrire sur le blog en rentrant de la papeterie, mais que j'avais oublié mes clefs, et donc errais.
  • A 5h30 du matin, le 19, j'avais une paix royale.
  • Au cinéma, vers les deux tiers du film, j'ai pensé que c'était toujours exactement la même histoire, putain, à chaque fois, dans tous les films. merde.
  • A Foix, dans une salle à manger d'un vert indescriptible, ma première truite aux amandes en vrai. (jusqu'alors je n'en avais qu'une connaissance livresque)
  • Le 1er octobre je me suis avisé qu'il était trop tard pour avoir publié un texte en septembre sur le blog.

T-Shirts

D'une manière générale, on pouvait commencer par lire ce qu'il y avait écrit sur les gens avant de distinguer la couleur de leurs yeux : ce qu'on appelait ère de l'image était donc une époque ou l'écrit avait encore son importance.

 Par exemple, on ne reconnaissait plus un habit issu des collections d'un grand couturier à sa coupe, à la qualité de ses finitions : c'était écrit en gros dessus. Ça, et d'autres messages vis-à-vis desquels nombreux semblaient professer l'indifférence la plus grande. D'une manière générale, il devenait difficile d'établir un rapport entre le message affiché sur l'habit et la personne dedans. On voyait des gens porter des blousons à l'imitation des habits de fonction du célèbre F.B.I. La question de savoir s'ils appartenaient ou non aux services de police nationale des États-Unis d'Amérique se tranchait aisément : il ne pouvait y avoir autant de policiers américains dans les rues de, disons, Nantes ou Périgueux : il devait donc s'agir d'un déguisement, d'une panoplie. Étaient-ils tous alors, tous ces déguisés, en adéquation avec la philosophie des services policiers des États-Unis d'Amérique ? En approuvaient-ils les actions concrètes ? Le dernier bilan annuel ? L'organisation hiérarchique et fonctionnelle, peut-être ? Affichaient-ils ainsi leur soutien à cette institution ? Les mêmes auraient-ils portés un T-Shirt aux armes de la gendarmerie nationale ? Du ministère de l'agriculture ?

Je n'éprouve aucune sorte de plaisir à parler de ces histoires de T-shirts, mais il me semble que personne ne s'en chargera si je ne le fais pas.

Certains T-Shirts étaient ornés d'une plaisanterie :
Un premier cas était le t-shirt avec un singe et une phrase comme "j'm'énerve pas, j'explique" ou "ça va comme un lundi". Un t-shirt d'humour au premier degré, loufoque ou cocasse et n'ayant aucune chance d'être drôle.
Dans le second cas, il s'agissait souvent d'un logo commercial ou d'un slogan détourné de son usage premier. Par exemple, en lieu et place de la feuille de cannabis, accompagné du slogan Legalize Cannabis, qui réunissait les plus politisés d'entre nous, on pouvait lire sur un T-shirt : Legalize Canada, avec une feuille d'érable. Ce genre de gag pouvait dans le meilleur des cas faire sourire une seconde et offrir matière à une anecdote. Mais pour peu qu'on soit assis face au type qui portait ce T-shirt ou pire, derrière lui en cours de mathématiques, on lisait sans cesse cette plaisanterie, encore et encore. Comme si quelqu'un s'amusait à vous répéter sans arrêt la même histoire drôle. Je ne serais pas étonné d'apprendre que les schoolshootings qui choquèrent tant le monde en 1999 et après dussent quelque chose à ces inepties vestimentaires, même si, pour ma part, je ne suis jamais passé à l'acte.

D'où viennent les noms

Et d 'ailleurs qu'est-ce qu'il a de nouveau ce soda de canneberge ?
ce chewing gum issu de l'agriculture biologique ?
ce flacon ?
ce pot de crème ?

Nouvelle Formule est-il écrit.
Nul objet né de cet âge qui ne soit nommé par des hommes invisibles, auxquels nous  ne demanderons jamais raison. Âge de l'industrie où des puissances sans visages mais pourvues de noms s'adressent à moi sur des emballages.
Moi, dans ma cuisine, je consomme un yaourt. Cuiller après cuiller, à la place qui m'est échue, je cherche la nouvelle formule.


On part de chez ses parents. On s'arrache à ce qui nous préexistait. On se fait, bon an mal an, un lieu à nous avec notre nom sur la porte et nos mots sur chaque chose. On dit promenade, pas trek.
Et voila qu'un jour l'enfant rentre de l'école et dit "spiderman"


Dans la Genèse, si je me souviens bien, il est écrit que l’Éternel donne à Adam le devoir de nommer chaque être. Le Christ lui-même, après qu'on l'a baptisé, baptise. "Tu es Pierre" dit-il à Simon. Et Pierre consent.
Tu es crème au chocolat dis-je à ma crème au chocolat
Je suis Délichoc dit l'emballage, avant d'ajouter nouveau !




Nous trouvons en arrivant un monde plein d'animaux, de montagnes, d'outils et de métiers. Iguanes, marteaux, gendarmes, améthystes : monde de planches d'encyclopédies.
Au moment de notre mort, le monde est plein d'absents, de couleurs passées, et nous, nous faisons la queue à la caisse pour acheter un délichoc.


Je jure que j'ai vu sur l'emballage d'un pain, qui par ailleurs comportait la liste d'ingrédients que voici : farine, levure, sel, eau, les mots : nouvelle formule.








la gazette : jeudi

La femme surprise hier à chanter une chanson de Joe Dassin à son domicile a été relâchée. Le tribunal a en effet établi que la possession, par la sœur de l'accusée, d'un double-album Best Of de l'auteur-compositeur-interprête valait comme mise à disposition d'un droit d'usage dans le cercle familial.

En revanche, le forcené qui braillait une chanson de Miossec le même jour, à Vigneux-sur-seine, a été condamné à 35000 euros d'amendes et six mois de prison avec sursis : il est apparu que, contrairement à ce qu'il avançait pour sa défense, il est très improbable, si on grogne à mi-voix des mots sans queue ni tête, comme ils viennent à la bouche, de retomber, par hasard, sur les paroles exactes d'une chanson de l'auteur brestois. Il y a donc préméditation.

Ces tristes faits portent à 1 358 963 les infractions constatées au nouveau texte de loi sur les droits d'auteurs et droits voisins. On estime qu'une dérogation à l'application de ces textes dans les salles de bains, allègerait de 37 % la charge de travail des tribunaux en charge de ces délits.